J'ai mis longtemps avant de me décider à t'écrire cette lettre. Il faut dire que je n'ai jamais été très sûre de moi. Et puis, je crois aussi que je ne mesurais pas réellement l'importance des choses... J'ai toujours vécu dans mon monde, sans trop me soucier des autres, sans trop ressentir le besoin de m'en rapprocher, sans trop en avoir la volonté non plus... Je voulais vivre mes rêves mais au lieu de ça, je m'enfermais consciemment dans cette tour d'ivoire si attrayante, dans ce monde fantastique si paisible et dont j'étais l'unique reine. Je me disais heureuse, parce que libre. Je me disais sereine, parce qu'en sécurité. Je me disais vivante, parce que je croyais vivre. Mais vivais-je pleinement cette vie dont on m'avait fait cadeau ? Vivais-je sincèrement cette vie que j'entendais vivre ?
Isolée, je découvrais les objets de mes quêtes. Je les consommais, solitaire. Je m'enorgueillissais de mes trouvailles, sans cesse renouvelées. Je me réfugiais dans ces plaines de mon imagination car j'y récupérais ce que l'on m'avait déjà pris et j'y atteignais ce que l'on ne m'avait pas encore donné. Oui, je croyais vivre. Mais je ne vivais pas. Pas vraiment. Je vivais dans mes rêves ; je rêvais ma vie. J'étais absente bien que présente ; j'étais lointaine bien que proche. Je pense que cette vie qui n'était pas la mienne, je l'avais façonnée pour mieux m'échapper d'une existence qui m'oppressait chaque jour un peu plus, qui m'étouffait et qui me liait le corps et l'âme. Je voulais l'indépendance mais sans le savoir je me la refusais par peur de la trouver. Oui, c'est ça. J'avais peur. Peur de mes désirs. Peur de ma vie. Peur de moi-même. J'avais peur du monde qui m'entourait. Peur de le découvrir hostile. Car le peu que j'en entrapercevais, je le comprenais trop différent de celui qu'on imagine, enfant. Alors j'ai préféré créer un univers tout autre. Un univers à mon image. Un univers qui me ressemblait. Un univers à moi, et à moi seule. Mais un univers qui me retenait. Un univers qui m'aveuglait alors que je n'aspirais qu'à une chose : ouvrir les yeux. Enfin.
J'ai fini par prendre conscience que je me mentais. Que je tournais en rond comme un lion en cage et que je n'obtenais rien. Je n'avais rien. Ici, pour moi, il n'y avait rien. Jusqu'au jour où il y a eu toi. Tu t'es secrètement introduit dans ce monde dont j'avais fait ma vie et tu ne l'as plus quitté. Tu ne m'as plus quittée. Et moi, je t'ai accepté. Sans trop me poser de questions. Simplement en écoutant parler mon intérieur. En écoutant chanter mon c½ur sur le rythme pulsé par cette chose qui résonne dans le creux de mon ventre depuis que tu es là. Je t'ai aussi écouté, toi. Ça n'a pas été très difficile il faut dire : parce que ton toi battait à l'unisson avec mon moi. J'ai tout écouté très attentivement, en prenant tout le temps nécessaire. Tu m'as envoyé un message et je l'ai attrapé au vol. Tu as ouvert les portes de ma prison dorée et je t'ai laissé m'emporter plus loin que je n'avais jamais été auparavant.
Une seule fois, j'ai jeté un regard, furtif, vers le passé. Histoire de dresser un bilan. Puis, je me suis retournée. J'ai fait face à mon destin et je me suis avancée vers lui. J'ignorais l'origine de ce changement radical dans mon comportement. Et un jour j'ai compris : je t'ai senti près de moi et j'ai su que tu m'aiderais. Ainsi, tu es devenu mon confident, celui en qui je pouvais avoir confiance, celui en qui j'ai confiance, celui qui ne me trahira jamais. Parce qu'une image, ça ne trahit pas. Oui, une image. C'est un peu ce que tu es. Chaque jour, je t'observe et je t'entends prononcer les paroles qui ont pu franchir la barrière de tes lèvres. Souvent, j'ai l'impression de te connaître tel que tu es, de savoir qui tu es vraiment, au-delà des apparences et des idées que je peux me faire de toi. Parfois, je me sens proche de toi. C'est absurde, n'est-ce pas ? Parce que je te connais mais que toi, tu ne me connais pas : je te regarde mais toi, tu ne me vois pas, je t'écoute mais toi, tu ne m'entends pas, je te suis mais toi, tu ne te retournes pas. Et le feras-tu un jour ? J'en doute.
Mais ne disparais pas, reste encore un peu : j'en ai besoin. Tu ignores jusqu'à mon existence, pourtant, d'une certaine manière, mon destin est lié au tien. Quoique tu penses, quoique je souhaite. Sans le vouloir ni même le savoir, tu as bouleversé ce qui me servait de vie. Voilà pourquoi aujourd'hui je me décide enfin à t'écrire. Tu m'as appris beaucoup, tu m'as apporté tellement plus encore. Et tout cela sans un mot, sans un regard, sans le moindre petit geste. Je sais qui tu es sans même que l'on ait eu besoin de se croiser. Et malgré cela, tu restes toujours avec moi. Parce que même si tu n'es pas là, je continue de te porter en mon c½ur. Je me suis appropriée une part de toi que je garde au fond de ma poche pour la ressortir dans les moments jugés nécessaires. Et, surtout, je veux que rien ne change. Continue à m'ignorer, ça m'est égal. Car le simple fait de te savoir heureux quelque part, n'importe où sur cette Terre, me remplit d'un bonheur intense qui me suffit amplement.
Je n'ai plus que ces quelques lignes à ajouter à ton intention :
Je vivrai dans l'ombre pour toi
Car tu es ma lumière à moi ;
Je serai toujours là pour toi
Je te le promets, crois-moi ;
Je te remercie d'être quelque part avec moi
Et c'est la seule chose que je veux que tu saches de moi.
Merci du fond du c½ur.
Une fan qui a compris qu'en vivant ton rêve, tu lui faisais vivre le sien.
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Coucou tout le monde !
Encore un texte assez "ancien". Je l'avais écrit pendant la tournée française du groupe, en octobre 2007.
Encore un texte qui me tient particulièrement à coeur. Je crois que si je devais n'en garder qu'un, ce serait celui-là (ok, ok, avec A l'infini :zz:)
Bref. Je m'excuse pour celles d'entre vous qui l'ont déjà lu. Mais je l'aurais publié ici aussi, un jour ou l'autre^^
Sinon, j'ai eu beaucoup de mal à trouver un mot correspondant à ce texte : depuis le temps que je le trimballe, je n'ai jamais trouvé de titre - j'ai toujours pensé que c'était mieux comme ça.
Bisous,
Leben.